Au sortir d’un revers contre Lille (1-5) qui fera date, l’absence de remise en question individuelle des différents acteurs interpelle. Joueurs, coach et direction sportive ont pourtant chacun leur part de responsabilité. Sans exception.
Comme on se souviendra de ce 5-1 concédé à Sedan en 2000, on se rappellera probablement de ce 5-1 subi par le PSG sur les terres de son dauphin, 19 ans plus tard. Ainsi va la vie du PSG et de ses mémorables sorties de piste.
A l’époque, les causes étaient plus ou moins avérées : la rupture avec l’entraîneur d’alors, Philippe Bergeroo, avaient poussé une partie des joueurs à « se payer le coach ». Le parallélisme entre les deux époques s’arrête là puisque cette fois, les symptômes et les effets sont tout autres, chez un club qui a pris la mauvaise manie de se laisse dériver dès lors que la fin de saison s’avère moins pimentée qu’espéré.
Carences structurelles
Année après année, le PSG est pourtant confronté aux mêmes soucis dès lors que la porte de la Ligue des champions se referme brutalement devant son nez. Quelle motivation pour les joueurs ? Quels changements en vue de la saison suivante ? Faut-il tout balayer d’un revers de main ? Le coach est-il l’homme de la situation ? Ces interrogations n’ont pas conduit à une réelle évolution dans la gestion de ces moments, qu’on pourrait presque qualifier de « temps-morts footballistiques » et qui altèrent la motivation des joueurs de la même façon qu’ils mettent en lumière les carences structurelles du club. Joueurs mis dans un excessif confort financier, absence de clarté dans la hiérarchie sportive, répartition des pouvoirs sportifs trop floue… Certains de ces manquements flirtent avec le sempiternel tant ils ne sont pas inédits.
Il n’est évidemment pas question de faire le jeu des raisonneurs hâtifs, qui voyaient encore il y a quelques semaines chez ce PSG une équipe en nets progrès dans le jeu et le caractère, et qui appellent aujourd’hui au grand chambardement. Pas question non plus de placer ce revers dans le Nord au même étage que celui de la remontada barcelonaise. Mais il serait tout autant naïf d’estimer qu’une telle défaite relève simplement de l’anecdotique, le terme « d’accident » n’ayant de sens que lorsqu’il conserve son caractère exceptionnel.
« Je dois protéger mes joueurs : ils ont bien joué et à 10 c’était compliqué. […] L’effectif ? On manque de joueurs, il nous manque des Rabiot, Lass Diarra… mais tout le monde accepte parce qu’on gagne ».
Thomas Tuchel, après le revers 1-5 à Lille lors de la 32e journée
Ce qui retire à cette défaite son caractère anecdotique, au delà de son ampleur rare pour le PSG en Ligue 1, c’est la façon dont elle s’est dessinée, avant, pendant puis après. Motta, Matuidi, Pastore, Rabiot, Aurier, Matuidi, Ben Arfa, Krychowiak, Weah, Lo Celso, Trapp, Guedes… Si tous n’ont pas été de probantes réussites, ces joueurs offraient à l’équipe une profondeur d’effectif dont elle est aujourd’hui à des années-lumière. Pour preuve, il y a un an, à une époque pas si lointaine donc, c’est sans Neymar ni Mbappé que le PSG surclassait son dauphin monégasque, 7-1, pour décrocher le titre.
Tous dans le même paquebot
L’étroitesse de l’effectif dont a disposé Thomas Tuchel cette année est sans commune mesure avec ses prédécesseurs. C’est un fait. Pour autant, l’Allemand est-il exempt de tout reproche, comme sa communication semble le suggérer ? Au regard de certains choix de micro-tactique (maintien de 3 offensifs malgré l’exclusion de Bernat, choix du déséquilibre, exposition d’une défense pourtant expérimentale, ce qui confère une mentalité et une approche du match très « bundesliguesques »), cette défaite contre Lille est aussi la sienne. L’admettre eut été une façon de s’inclure dans la difficulté actuelle. Une sorte de voeu de solidarité, et certainement pas un luxe étant donné l’incapacité avérée des acteurs de ce club à faire corps, que ce soit sur ou en dehors du terrain.
En taclant ouvertement et pour la énième fois ses dirigeants sur ce point, l’ancien de Dortmund prend le risque de l’isolement. L’élimination contre MU a réveillé le scepticisme autour de lui chez une partie des observateurs. Elle a piqué l’orgueil et la fierté de supporters moins unanimement favorables à son sujet, et pour qui cette défaite lilloise, historique de l’ère QSI, ne contribuera pas à rendre la saison moins amère. L’intelligence d’un homme est aussi de savoir admettre ses erreurs et d’inclure sa responsabilité individuelle, aussi mince soit-elle. C’est encore plus valable lorsqu’on figure parmi les garants d’un ensemble qui chancelle par manque de ciment. Du dédouanement à l’isolement, il n’y a qu’un pas qui lorsqu’il est franchi, offre rarement de réjouissantes perspectives dans un club comme le PSG.
