Le changement de format souhaité par l’UEFA pour sa compétition reine en 2024 laisserait potentiellement moins de chances à des « petits » de tirer leur épingle du jeu. Et c’est une bonne raison pour ne pas y céder.
Ceux qui me connaissent un peu le savent, j’ai pour habitude d’accompagner les adaptations dont le football fait l’objet avec plutôt de la bienveillance. Qu’il s’agisse du VAR – même si son emploi demeure à ce jour hautement perfectible – ou d’initiatives comme le 4e changement en prolongation, je suis favorable à ces mutations, si tant est qu’elles améliorent l’expérience du spectateur, et surtout du joueur. Mais alors qu’un vent de folie réformatrice souffle sur le foot mondial, impulsé par des dirigeants décidés à faire de la conquête des marchés commerciaux leur principal cheval de bataille, la qualification de l’Ajax Amsterdam en demi-finale de la Ligue des champions vient sonner comme un puissant rappel à l’ordre.
Adieu les « invités-surprise »
Hasard ou non, c’est au moment où le spectre de la Ligue européenne fermée est le plus palpable que l’Ajax vient tordre le cou aux idées reçues, selon lesquelles la Ligue des champions n’appartiendrait qu’à une poignée de potentiels vainqueurs, ces 6 à 8 clubs convaincus que leur force de frappe financière et leur histoire (plus ou moins récente) leur autorise à dicter les règles d’une compétition qui a pourtant pris l’habitude de nous ravir dans son actuelle formule.
Car oui la Ligue des champions, cette vasque à souvenirs pour nous tous, ne vit pas qu’à travers ses vainqueurs et ses locomotives, bien qu’on se réjouisse évidemment devant le prestige de certaines de ses affiches. Les vainqueurs racontent l’histoire, dit-on souvent. C’est un peu moins vrai en football. Le PSV Eindhoven en 2005, Schalke 04 en 2011, Dortmund en 2013, Monaco en 2004 puis 2017… Comme l’Ajax aujourd’hui, ces « invités surprise » du dernier carré ont laissé une empreinte dans nos têtes, permis à des joueurs de se révéler aux yeux de l’Europe. En sortant tour-à-tour le triple tenant du titre puis le favori en puissance, l’Ajax a redonné du baume au cœur des romantiques du jeu et aux nostalgiques d’une certaine époque. Celle où le jeu se trouvait au centre des débats, celle où l’intelligence triomphait sur toute forme d’aspect scientifique et financier.
Laisser une chance aux « belles endormies »
Dans la formule qu’elle appelle de ses vœux, l’UEFA n’aurait très sûrement pas permis à l’Ajax un tel parcours. D’ailleurs, elle aurait écarté de fait celles qu’on peut nommer les « belles endormies ». Aujourd’hui l’Ajax, mais demain Porto, Benfica, le Celtic ou d’autres anciennes gloires n’auraient-elles pas le droit de caresser l’espoir de restaurer leur lustre d’antan, même le simple temps d’une saison ? Laisser à ceux qui sont devenus « petits » – au sens financier du terme – l’illusion qu’ils puissent encore jouer un autre rôle que celui du faire-valoir, c’est respecter l’essence même du sport et ne pas galvauder ce qui a construit l’histoire de cette compétition. Ici, probablement, réside une partie de sa future réussite… ou de son déclin.
