Par un irrépréhensible dogmatisme, ils sont nombreux à avoir vécu puis analysé la soirée de mercredi par le prisme de la vidéo. En omettant qu’elle fut partie intégrante de cet instant de grâce.
Ce quart de finale retour entre Manchester City et Tottenham restera comme l’un des grands moments de l’histoire récente de la Coupe d’Europe. Les 4 buts inscrits dans les 11 premières minutes – une première pour un match de C1 -, les trois passes décisives de Kévin de Bruyne – perf’ qu’aucun joueur en Ligue des champions n’avait réalisé depuis Ryan Giggs, en 2007… Ces événements phares d’un thriller de haut vol auraient pu, auraient dû focaliser les débats. Ils méritaient, en tous cas, qu’on s’y attarde en premier lieu, puisqu’il s’agit de football et que présentement, les deux équipes et leurs entraîneurs nous ont offert un grand moment de football.
Paradoxes du vidéo-scepticisme
Je n’ai jamais eu de mal à accepter le « vidéo-scepticisme ». Après tout, dans un monde où l’on attise sans cesse les clivages, qu’y aurait-il de bien surprenant à s’opposer sur cette thématique moins qu’une autre ? En dépit des atermoiements sur la forme, peut-être dus à une mise en place encore récente à l’échelle de notre histoire, je demeure convaincu que sur le fond, son intronisation demeure une avancée. Mais à la limite, ce n’est qu’un avis subjectif parmi tant d’autres et il n’a pas grande importance dans l’idée de fond du jour.
Mercredi soir, dans une dérive qui confère pour certains à l’obsessionnel, les anti-VAR auront passé (perdu ?) une partie de leur soirée à remettre en question la légitimité d’un outil dont on a déjà discerné certains défauts (à défaut d’avoir pu, d’ores et déjà, les corriger). Ils auront débattu de la décision de M. Cakir de refuser ce but à Raheem Sterling, un but pourtant bien amputé d’une position de hors-jeu réelle de Sergio Agüero au moment où Bernardo Silva touche le ballon. Ils auront crié au scandale de voir ce but, pourtant bien valable, ne pas être refusé à Fernando Llorente. Mais aucun d’entre eux, par exemple, n’aura souligné que l’arbitre, dont on stigmatise en permanence le fait qu’il évolue désormais sous tutelle, ait pu tout autant confirmer sa décision (sur le but de Llorente) que se déjuger (sur le but de Sterling). Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, et chacun voit midi à sa porte.
Quand on instrumentalise l’instrument…
Malgré cette dose homéopathique de sarcasme, loin de moi l’idée de rentrer dans ce jeu de qui sera le plus prompt à combattre le postulat adverse sur le débat VAR. Je n’ai l’ambition de convaincre personne, et j’ai bien compris quelle serait la nature de cet inextricable débat, à défaut d’en connaitre l’issue. L’objectif de ce texte n’est pas là.
Ce mercredi soir fera date, car il fut, en quelque sorte, une porte entrouverte sur ce que pourraient être nos émotions nouvelles, quand les comédiens ont décidé de jouer leur meilleure pièce : cet ascenseur émotionnel de la 93e minute et sa folle issue, ces nouveaux suspens, ces nouvelles attentes, cette atmosphère clairement palpable d’un stade qui retient son souffle, avant d’exploser ou de s’effondrer. Des émotions dont on peut simplement regretter que certains se soient détachés, plutôt que de simplement les apprécier telles qu’elles se sont produites, et sans chercher à instrumentaliser ou à nourrir un argumentaire dogmatique. C’est ainsi, et sans l’aide de personne, que les anti-VAR se détachent par eux-mêmes du jeu. Car il ne faut pas se méprendre : les émotions, même si elles semblent devoir nous habituer à quelque chose de nouveau, continueront elles bien d’exister, et ceux qui l’ont déjà accepté auront vécu mercredi, probablement, une meilleure soirée que les autres.
