Le traitement du public angevin à l’égard du Brésilien traduit tout autant la pauvreté de notre « culture foot », qu’une méconnaissance des mécanismes économiques qui régissent aujourd’hui notre sport.
Samedi, le PSG est allé gagner à Angers (2-1). Un match sans enjeu, dans lequel il a fait le strict minimum pour l’emporter. Strict minimum que le futur champion de France peinait toutefois à fournir depuis plusieurs semaines, ce qui a occasionna une série de résultats indignes de son statut (une victoire sur les 7 derniers matches, avant le SCO). Au cours d’une rencontre avec peu de relief et d’intérêt sportif, un homme s’est tout de même mis en évidence : Neymar.
Au dessus de la Ligue 1
Depuis son retour sur les terrains après 3 mois de blessure, le Brésilien affiche une implication exemplaire. Une activité qui tranche avec l’apathie de bon nombre de ses partenaires. Son influence sur le jeu s’avère criante, et son apport d’un point de vue technique est un régal, pour ses coéquipiers mais également pour les spectateurs, neutres y compris. Face à Angers, et alors qu’il disputait son dernier match de la saison (pour cause de suspension, suite à son coup porté à un supporter en marge de la finale de la Coupe de France), Neymar, a allié l’esthétique à l’efficacité (un but, une passe décisive). Comme presque toujours sur les pelouses de Ligue 1. Son ratio statistique, avec 34 buts et 20 passes décisives en 37 matches de championnat depuis son arrivée, en témoigne. C’est un fait, que lorsqu’il est sur le terrain, « Ney » n’a que rarement déçu.
Il restera, bien sûr, ceux qui n’indexent la vie du club parisien qu’à travers la Ligue des champions. Les mêmes qui vous diront que Neymar n’y a pas encore porté le PSG dans les sphères attendues, quand bien même il était absent lors des rendez-vous qui comptaient. Il y aura aussi ceux qui lui reprocheront d’être blessé à l’instant T, ceux qui préféreront stigmatiser le niveau d’un championnat moyen, plutôt que d’apprécier y voir évoluer un tel talent. Chacun voit midi à sa porte, selon la paroisse pour laquelle il prêche.
La schizophrénie du « hater »
Oui, il existe chez nous des adeptes systématiques de la politique du verre à moitié vide, la conséquence, très souvent, d’une forme de clubisme écervelé qui tire la mentalité de notre football vers le bas. Et qui illustre, une fois de plus, l’absence d’une culture foot profondément ancrée dans un pays qui préférera voir tomber les puissants (Rafael Nadal à Roland, l’OL au début des années 2000, le PSG aujourd’hui) plutôt que se féliciter de leurs succès. Oui, Neymar est agaçant, insolent de facilité parfois, et exaspérant de par certaines de ses attitudes sur et hors du terrain. Ce sont évidemment des paramètres qu’il convient de prendre en compte dans la considération que le grand public se fait de lui.
Quand le public du stade Raymond-Kopa siffle Neymar lors de sa sortie, il cède à ce vieux réflexe français : jalouser les forts, plutôt que les admirer. Au cours d’une rencontre presque sans intérêt, Neymar n’aura pas ménagé sa peine pour contribuer au « spectacle ». Un spectacle que le futur diffuseur de la L1, Mediapro, s’est accaparé pour plus de 1,1 milliard d’euros pour 2020-2024, faut-il le rappeler. Ce montant « généreux » aurait-il été de même nature sans la présence du Brésilien en France ? La présence de Neymar fait le bonheur de tous les clubs, y compris les plus petits, dès lors qu’il s’agira de percevoir des recettes de droits TV en hausse. C’est en filigrane, ce qu’il fallait comprendre dans les mots de Stéphane Moulin après la partie.
C’est un joueur de classe mondiale, je ne comprends pas pourquoi il est sifflé. C’est un artiste, il faut le protéger, il montre du spectacle. On le paye pour le voir. Ceux qui sifflent ce sont les mêmes qui ne viendront pas si Neymar n’est pas là.
Stéphane Moulin, après Angers-PSG (1-2)
En dopant les droits TV, mais aussi ponctuellement les recettes de billetterie des « petits clubs », Neymar a stimulé le business de tous, y compris ceux dont les supporters se comportent comme des « haters » primaires. Un postulat qui n’est malheureusement pas l’apanage exclusif du public : en effet, si l’on peut se féliciter qu’un Stéphane Moulin semble au fait de ces mécanismes, d’autres, comme Thierry Laurey ont laissé leur discernement s’effacer au profit d’un « populisme » qui trouvera toujours une certaine audience.
Non, on ne s’y prendrait pas beaucoup mieux pour pousser vers la sortie un joueur qui permet à notre football d’être valorisé, tant économiquement que médiatiquement. Alors puisqu’on ne sait pas combien de temps il nous reste à en profiter… profitons-en avant que les girouettes, hier acerbes, ne décrètent demain le temps des regrets. A moins qu’il ne soit déjà trop tard…
