L’amertume découlant de la sortie de route en Ligue des champions, ainsi que la faiblesse de la concurrence nationale sont autant d’éléments enclins à « minorer » la portée de ce titre de champion de France. Mais ce ne sont pas les seuls.

C’est bien connu, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. L’adage vaut pour chaque saison ou presque du PSG qui a pris l’habitude, exception faite de 2011 et 2017, de reléguer très loin la concurrence nationale. Une impression plus nette encore cette saison, où le piètre niveau affiché par ses prétendues locomotives, Lyon, Marseille et Monaco, a offert à la Ligue 1 une cuvée des plus pauvres, tant sur le plan comptable qu’esthétique. Le curseur européen, avec des résultats presque historiquement faibles (aucun représentant en quart pour la première fois depuis 8 ans), vient donner un peu plus de corps à ce constat.

Obsessionnelle C1

Si tant est qu’il ait rapidement intégré ce premier paramètre, l’erreur du PSG fut donc, une fois de plus, d’avoir persévéré à nous raconter la même histoire que tous les ans : celle d’une saison où la Ligue des champions a (encore) tout éclipsé, suscitant les plus grands espoirs au sortir de la phase de groupes avant de doucher l’enthousiasme général après l’inexplicable élimination en 8e de finale. Avec une importance relative donnée aux enjeux nationaux puisque les Parisiens ont accompli, jusqu’à début février, une saison remarquable en championnat, ne connaissant leur première défaite que début février. Il y avait pourtant matière, entre le changement de coach et la proximité grandissante avec les 10 titres de Saint-Etienne, à axer le quotidien et les objectifs parisiens sur autre chose que cette sempiternelle C1.

Si on m’avait demandé de gagner la Ligue des champions, je n’aurais pas signé

Thomas Tuchel, le 17 septembre 2018

Lors de son arrivée, TT avait d’ailleurs essayé de désacraliser les attentes autour de la Ligue des champions, conscient que la vie d’aucun club en Europe ne pouvait autant se polariser sur cette seule compétition. A qui s’adressait-il, en premier lieu ? Les supporters, qui ne se doutaient pas un seul instant de voir si vite se répéter le traumatisme de Barcelone ? Ses joueurs, qu’il voulait impliqués de la première à la dernière minute d’une saison qu’il imaginait certainement moins frustrante ?

C’est une chose qu’une partie des observateurs et que le public estiment que remporter le championnat de France est une formalité. C’en est une autre que les joueurs, eux, le pensent. C’en est encore une autre lorsqu’ils l’affichent aussi ostensiblement qu’ils l’ont fait depuis 20 jours, de Lille à Nantes, y compris jusqu’à cette « soirée du titre » face à Monaco, où la symbolique et les attitudes se seront entremêlées pour déboucher sur une célébration au rabais. Pour preuve (supplémentaire) d’un ressort qui s’est cassé en cours de route, les victoires contre Liverpool (2-1) et même Lyon en octobre (5-0) avaient été accueillies avec une joie autrement plus démonstrative.

Le huis-clos comme thématique

En dissimulant au possible cet enthousiasme d’un nouveau titre en Ligue 1, le PSG contribue à la même échelle que les autres paramètres cités, à la normalisation de ses perfs nationales.

Devant un stade partiellement à huis-clos qui n’avait pas vraiment vêtu ses habits de fête, les joueurs ont livré une prestation correcte, expédié à un tour d’honneur presque protocolaire devant un public clairsemé, avant de finir par une fête un brin plus expressive dans l’intimité du vestiaire. Une soirée sous le thème du huis-clos donc, conjuguée à un retentissement presque anecdotique au niveau international, où l’archi-domination du PSG sur l’Hexagone est un fait établi, finissant par attribuer à son championnat le peu reluisant surnom de « Farmer’s League ».

Certes, la fête sera certainement plus belle le 18 mai contre Dijon, lors de la remise du trophée. Mais elle ne modifiera pas en profondeur le storytelling de cette saison, où l’amertume des déceptions continentales aura de nouveau pris le pas sur les réjouissances nationales. Sans que ni les joueurs, ni les dirigeants ne le contestent vraiment. Comme si dans la vie, les petites joies devaient toujours se substituer aux grandes déceptions.