Le coach allemand prend l’habitude d’offrir aux fans de foot d’inoubliables soirées. Mais il doit désormais renforcer sa légende avec un titre majeur.
Voilà quelques temps que la Ligue des champions nous gâte, entre qualité de jeu et scénarios fous. Dernier opus en date, ce Liverpool-Barcelone de mardi, avec un exploit qu’ils étaient bien peu à croire réalisable.
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » disait en son temps Mark Twain. Il est vrai que sur le papier, cette « remontada » réalisée par les Reds s’inscrit parmi les exploits les plus impensables des dernières saisons. C’est aussi pourquoi réussir cette perf’ sans ses deux leaders offensifs (Roberto Firmino et Mohamed Salah) confère à ce Liverpool des vertus mentales, avant même des vertus techniques – même si les deux se sont évidemment avérées indispensables à la tenue de l’exploit.
Des attributs qui portent le sceau de Jurgen Klopp. A l’heure où le management et la gestion humaine apparaissent comme des composantes majeures du coaching de haut niveau, l’Allemand subjugue par sa capacité à concerner un groupe élargi, tout en tirant le meilleur de lui individuellement et collectivement. Sous ses ordres, tous ses « hommes de base » ont progressé (van Dijk, Salah, Firmino, Mané, Henderson), d’autres ont confirmé (Fabinho, Wijnaldum, Milner) et certains se sont révélés (Alexander-Arnold, Robertson) comme des éléments fiables, tant dans l’implication que la régularité et le niveau des performances. Quant aux intermittents – Origi, Shaqiri – leur apport va de pair avec leur implication totale en dépit d’un temps de jeu compté. Parce que le squelette est solide, les hommes rentrent plus facilement dans le moule.
Bâtisseur de souvenirs
Pour réussir cet exploit, Jürgen Klopp a persuadé un groupe qu’il a rendu sûr de sa force. Un groupe qu’il a savamment bâti, puis poli, à travers un cycle de 4 ans durant lequel il aura pu et su choisir ses hommes. L’édifice, fragile, aurait pu crouler sous les égos des uns, la déception des autres au sein d’une équipe où la hiérarchie est relativement figée et définie. Pour convaincre 17 ou 18 hommes de le suivre en mettant, pour certains, de côté leurs potentiels états d’âme, l’Allemand a d’autant plus de mérite qu’il ne dispose pas du « crédit du vainqueur » : souvent placée, son équipe n’a jamais gagné, battue en finale 2013 de C1 par le Bayern Munich avec Dortmund, tandis que « son Liverpool » cumule deux finales continentales perdues (2015 en C3 face à Séville, 2018 en C1 face au Real Madrid). Comme quoi, ce n’est pas tant le palmarès du coach qui pèse par rapport à son approche générale, dès lors qu’il est question de concerner et motiver un groupe.
C’est là tout le paradoxe, pour l’instant, d’un Jürgen Klopp : unanimement considéré comme l’un des meilleurs coaches du monde actuellement, il le doit à des instants ponctuels de grâce, ces soirées qui ont construit notre imaginaire, plus qu’à sa moisson de trophées : la demie de C1 de 2013 remportée 4-1 avec le quadruplé de Lewandowski, le quart de finale de C3 en 2016 des Reds face à Dortmund (4-3), et désormais ce 4-0 infligé au Barça en demi-finale retour de Ligue des champions ont chacun leur place dans notre armoire à souvenirs.
Plus qu’une récompense d’avoir ainsi contribué à ces moments gravés, voir l’Allemand soulever la plus prestigieuse des Coupes européennes sonnerait comme une juste récompense. Récompense de ce qui ressemble à la formule parfaite entre un management idéal et un projet de jeu séduisant, pour les joueurs comme pour le public. « La manière de bien jouer, c’est une chose sur laquelle vous pouvez vous appuyer » disait-il encore dans une interview à FF en août 2018. Un leitmotiv qui a de quoi convaincre qu’après avoir collectionné les chefs d’oeuvre ponctuels, il serait désormais anormal de ne pas voir « Jürgen » collectionner (enfin) les trophées.
